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De l’influence de l’Euro sur la dette

2012 février 3
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par Laurent Boisseau

Il ne se passe pas de jour sans que l’on parle de la dette de la France. Tout le monde sait maintenant que la dette de l’Etat avoisine les 1 800 milliards d’euros. J’avais posé la question de sa détention en majorité par des fonds étrangers, ce qui nous expose aux agences de notation, dans un précédent article. J’aborde aujourd’hui un autre aspect – que l’on évoque moins – il concerne le fait qu’elle soit libellée en Euros. Je me suis documenté sur les sites de l’Agence France Trésor, de la Banque de France et de l’INSEE afin d’étudier l’évolution des taux d’intérêts de la dette en perspective avec l’inflation. C’est très instructif, que constate-t-on ?

J’ai rassemblé dans un graphique l’évolution du taux moyen des emprunts d’Etat long terme (TME long terme) de 1974 à nos jours :

TME long terme

On constate qu’après être passé par un pic vers 1982, le taux moyen des emprunts d’Etat baisse et que son écart avec l’inflation s’est réduit depuis 2002. En clair, l’Etat français emprunte « moins cher » depuis le passage à l’Euro.
J’ai fait également un zoom depuis 1996 avec un indicateur voisin : le taux de l’échéance constante à 10 ans (TEC10). Il représente le taux de rendement actuariel d’une obligation assimilable du trésor (OAT) fictive d’échéance exactement égale à 10 ans. Le TEC 10 est obtenu par interpolation des taux sur le marché secondaire des OAT encadrant une maturité exacte de 10 ans. C’est un indice quotidien des rendements des emprunts d’Etat à long terme :

TEC10

Là encore, on voit qu’à l’exception de 2009 où l’inflation était quasi-nulle (0,1%), les 2 courbes ont tendance à se rapprocher dans la durée.

Mais ne nous trompons pas de débat, l’endettement de la France est considérable et la charge de la dette à la limite de la soutenabilité. Il serait donc irresponsable de continuer à creuser les déficits au motif que les taux d’intérêts sont favorables. Mais pour autant, on constate que les emprunts d’Etats sont devenus moins chers depuis qu’ils sont libellés en Euros et non plus en Francs.

Voici donc un argument de plus pour convaincre les eurosceptiques !

  1. février 4, 2012

    Vous vous trompez, la France n’est pas très endettée. En fait, elle ne l’est pas du tout, et c’est bien le seul pays d’Europe pour lequel c’est le cas.

    En dette absolue, bien évidemment. Mais en réalité, la France est endettée très exactement à même hauteur que la dette qu’elle détient chez les autres.

    Pas de quoi paniquer donc. Surtout si on compare la situation de la France avec celle de l’Allemagne, autrement plus désastreuse et qui est en faillite. Raison pour laquelle Angela Merkel s’accroche à un accord avec la France à ses conditions. Sans cet accord, et s’il n’était pas à ses conditions, sa gouvernance lui péterait à la figure.

    http://lemondeenchantier.com/forum/viewtopic.php?f=4&t=1469

    Si on prend en considération le fait que la France fait –presque– aussi bien que l’Allemagne alors qu’elle est désindustrialisée, désorganisée, qu’elle a vécu tranquille ces dernières années, donc que son potentiel est intact.

    Si on prend en considération ce que je dis plus haut sur le fait que la France détient la dette des autres.

    Alors que l’Allemagne est hyper-optimisée jusqu’à la surchauffe et que son modèle s’essoufle…

    …Ca change considérablement la donne.

    Vous avez bien évidemment raison, il ne faudrait pas s’endetter de plus, ce serait absurde, mais la France peut supporter. Un simple petit pourcent de croissance et c’est bon, tout va bien.

  2. février 4, 2012

    Désolé mais je ne peux pas vous suivre, il est clair que l’endettement de la France est considérable et nous en subissons les conséquences tous les jours avec les politiques de rigueur qui s’accumulent de plus en plus, et c’est bien là le problème.
    D’autre part, vous semblez mélanger la dette de l’Etat avec le patrimoine des citoyens français. Il est vrai que par l’ouverture des emprunts d’états aux marchés financiers, le patrimoine des français comporte des titres d’emprunts français et étrangers. Je proposais une piste à investiguer dans un précédent article : relocaliser la dette.
    Mais pour revenir au coeur du sujet, il s’agissait du pouvoir stabilisateur de l’Euro sur le coût des emprunts.

  3. février 4, 2012

    Les diverses politiques d’austérité que nous subissons ne sont que la conséquence d’agissements purement démagogiques de la part des gouvernants.

    En réalité, aucune austérité n’est nécessaire, absolument aucune.

    On voit avec le durcissement du MES dans le cadre de l’UER qu’il y a clairement une volonté de prise de contrôle totalitaire par quelques acteurs principaux. Les politiques d’austérité ne sont qu’un prétexte.

    Peu importe que les obligations appartiennent à des privés ou des particuliers et non pas à l’Etat. C’est toujours la même masse monétaire, qui elle appartient à l’Etat. L’Etat perçoit les retombées du fait que sa nation détienne ces obligations.

    De facto, comme l’indique le lien que j’ai oublié de vous donner vers l’étude de l’ESCP, la France est de très loin le pays le plus économiquement sain de l’UE…et cette fois-ci je n’oublierai pas de vous donner le lien. xD

    http://www.eudebtwriteoff.com/index.html

  4. février 4, 2012

    J’oublie toujours un argument, c’est terrible… http://www.theorie-du-tout.fr/2012/02/billet-signature-de-la-version.html

    Mais c’est secondaire, ce n’est qu’une dissertation sur le durcissement anti-démocratique du MES, c’est tout.

  5. mai 5, 2012

    @ Thierry Curty : je crains que vous ne soyez dans l’illusion en confondant détention de richesse, et détention de monnaie.

    Si vous avez une maison de 300.000 E, 200.000 E en liquide, mais que vous devez rembourser 600.000 E d’emprunt à long terme, vous êtes très mal, et pourtant, vous avez plein de monnaie.

    Si vous avez une maison de 300.000 E, 10.000 E en liquide, et zéro dette, vous avez peut-être assez peu de monnaie, mais votre situation est très saine.

    Les dettes de l’Etat sont très supérieures à ses actifs. Sous Barre, c’était l’inverse, les actifs étaient à peu près 5 fois supérieurs aux dettes (chiffre de mémoire). L’Etat est en faillite virtuelle ; celle-ci deviendra réelle si les prêteurs décident de ne plus lui prêter à lui, mais seulement à d’autres.

    Il pourra alors saisir les maisons et terrains des Français, ce qui suffirait largement à gager des nouveaux emprunts… à la hauteur de ce que les prêteurs potentiels penseront pouvoir tirer de nos maisons et terrains, s’ils les mettent sur le marché.

  6. mai 5, 2012

    « Les dettes de l’Etat sont très supérieures à ses actifs. »

    Oh que non! Mais alors non! La France dispose d’actifs d’une valeur incommensurable, dont une grande part appartient à l’Etat.

    En outre, la France est un pays de très haute technologie et très haute technicité, ce qui est aussi un actif.

    Mais, l’atout qui fait tout : la France est le plus grand territoire maritime du monde. Où que vous alliez sur cette planète vous êtes en France. Impossible de faire un pas sans arriver en France quelque part.

    Vous sousestimez grandement la France, ce qui est caractéristique des français…qui ont quand même eu toujours tort, et ça depuis Astérix, Obélix et tous les autres, ce qui remonte loin.

    Parce que, mais non, le ciel de France est bien accroché…xD

  7. mai 13, 2012

    Considérer que tout ce qui appartient aux Français appartiendrait à l’Etat, voilà un raisonnement nord-coréen 😉

    Oui, grâce à la bulle immobilière, les Français se sont énormément enrichis (plus vite que le reste du monde) — même si ce n’est pas en argent sonnant et trébuchant.

    Mais l’Etat et la sphère publique dans son ensemble se sont également énormément endettés (plus vite que le reste du monde). Bien au-delà de leurs capacités de remboursement. Pensez-vous vraiment que nous puissions vendre les actifs publics — c’est-à-dire le palais de l’Elysée, les routes départementales et les écoles maternelles — le jour où nous en aurions besoin pour rembourser nos créanciers ?

    Vous pouvez penser, d’autres y ont pensé avant vous, qu’il suffirait de confisquer 20% de la propriété privée pour gager, par un actif équivalent et vendable (liquidable), la dette de l’Etat. Mais primo, ce n’est pas sûr que la population accepterait cette (quasi ?) spoliation ; deuxio, ça ne produit pas d’argent frais, or les crédits sont à rembourser en argent frais.

    La seule porte de sortie de crise, c’est que la France parvienne demain à mieux valoriser ces actifs (privés), certes immenses, mais pas assez productifs, aujourd’hui, pour payer les dépenses de l’Etat, les dépenses sociales et de santé, et celles des collectivités. C’est le « produire en France », une fois de plus !

  8. mai 13, 2012

    Concernant le patrimoine de l’état, le magazine « Alternatives économiques » a publié récemment un article : http://www.alternatives-economiques.fr/l-etat-a-aussi-un-patrimoine_fr_art_1147_58766.html
    Voir notamment le graphique en bas de page.
    En résumé l’écart entre l’actif des administrations publiques et la dette financière a baissé ces dernières annés mais représente tout de même 517 milliards d’euros fin 2010.
    Pour autant, FrédéricLN a raison, c’est bien par le « produire en France » qu’il faut trouver la solution au paiement de la dette.

  9. mai 13, 2012

    Personnellement, je suis tout-à-fait d’accord sur l’argument du produire en France, puisque je le dis plus haut, intrinsèquement, en parlant du potentiel intact de la France.

    POur ce qui est des actifs, c’est l’état des actifs tel qu’il est aujourd’hui. Mais ce que les français possèdent appartient d’abord et avant tout à la France.

    Entre guerres, révolutions et, tout simplement, héritage, sans parler de confiscation ou de spoliation, lorsque nous sommes propriétaires dans un pays, nous le sommes jusqu’à concurrence que les maîtres du pays nous autorisent à être propriétaires. Un jour le peuple est jaloux de vos biens et vous les prend, point final! Vous pourrez toujours arguer de votre certificat de propriété et qu’on est pas en Corée du Nord. A la rigueur, en insistant un peu, vous souffrirez moins en étant achevé plus vite.

    Ensuite, le fait que le peuple de France soit riche profite d’abord et avant tout à la France. Comme de juste, le fait que les français possèdent ce gigantesque patrimoine fait également des français les plus gros épargnants d’Europe, avec 17%. Ce chiffre signifie que nous pourrions descendre le pouvoir d’achat de 17% (en théorie, parce que tout le monde n’épargne pas, loin s’en faut, et ce chiffre est en réalité si élevé en raison de la plus forte concentration européenne de millionnaires et de milliardaires).

    Grâce à cet état de fait, si nous exploitons cette ressource, rien de plus facile que d’amortir la dette.

    Néanmoins, je vous rappelle quand même que la dette, c’est aussi notre fortune, elle est utile. Elle est le moyen de partager avec nos partenaires moins favorisés notre situation économique prolifique et ainsi, grâce à la rente qu’un portefeuille en obligations d’Etat françaises rapporte, s’enrichir.

    La dette est détenue à 68% par des mains étrangères…Mais, pour la plupart, ce sont des hedge funds, des assurances, des banques.

    Un hedge funds, c’est de la couverture de caisse de pension. Une assurance c’est de l’épargne-retraite en assurance-vie. Les banques c’est de l’épargne en multi-support, tels les SICAV en France. Autrement dit, c’est de l’enrichissement. De meilleures retraites, un plus fort taux de propriétaires, un accès plus facile au crédit, plus de construction, donc plus de travail.

    Le Chili nous a confié le métro urbain et plusieurs ouvrages d’art pour Santiago, l’Argentine nous confie la construction de routes en zone difficile et la création de lignes de chemin de fer à haute vitesse. Le Brésil nous a offert un partenariat technologique : de la ressource en échange de savoir.

    Ces partenariats trouvent leur source dans notre intégration économique. En raison de notre partenariat, nous perdons de la croissance, mais en échange, nous gagnons des partenaires. Aussi, si nous pouvons descendre, nous ne descendrons jamais aussi bas que par le passé.

    Le monde tend à se stabiliser, à s’équilibrer. Observez les civilisations passées : en Egypte antique, des milliers d’années d’opulence suivaient des milliers d’années de disette, de misère. Regardez les romains : des centaines d’années d’opulence, des centaines d’années de disette. Observez le Moyen-Âge chez nous, avec ses hauts et ses bas, presque aussi rapides que les siècles.

    Aujourd’hui, nous sommes à la fin d’un de ces cycles dont Kondratiev nous définit le fonctionnement avec pertinence. On peut constater qu’aujourd’hui, notre rythme est d’environ 60 ans. 20 ans disette, 20 ans d’opulence, 20 ans de dégringolade.

    Après la guerre, dès 1950, le plein emploi, tout battait son plein. En 1960, on perçoit les fruits de ce travail. En 1970 la France se développe. En 1980, soyons honnête, c’est le paradis, tout est facile. En 1990 les choses se gâtent. En 2000 on ressent les effets. En 2010 nous voilà au bord de la faillite.

    Autre observation : nous sommes exactement dans la même conformation géopolitique qu’en 1910. Le 9 mai 1874 la bourse s’est effondrée, l’Europe s’est enfoncée dans la misère, les peuples se sont soulevés. Famines, désastres, violence. 40 ans plus tard, en 1914, la guerre.

    Aujourd’hui : en 1974 nous avons eu la crise pétrolière qui a fait s’effondrer les bourses, engendré de l’inflation, du chômage. Mais, conformément aux plan de stabilisation que je décris plus haut, nous avons moins peiné qu’en 1874, alors nous avons passé la période, nous nous sommes adaptés et avons continué sur le chemin de l’opulence.

    40 ans plus tard…2014!

    Que voit-on aujourd’hui? La Grèce, je m’abstiens de faire un dessin…l’Espagne…ça tombe bien, on en parle. L’Italie…les gens sont fous furieux et s’attaquent à tous les symboles de l’austérité. Le Portugal? …Y’a plus rien au Portugal!

    Et en France? En France, on vient de voter à gauche. Ca ne changera probablement pas grand-chose de toute façon, mais ça redonne un peu d’espoir. Les français ont le moral au beau fixe, il s’agit de « produire français »…à la condition d’avoir des clients, des acheteurs.

    Pour cela, il faut que nos partenaires aient les moyens d’acheter. Pour qu’ils aient les moyens d’acheter, il faut les enrichir, alors, qu’à cela ne tienne, émettons des effets sur les marchés qu’ils pourront exploiter en rente pour pouvoir profiter de ce que nous avons à leur offrir…et la France est le rêve du monde entier.

    Problème, et de taille, bien plus grand donc que la dette : en 2012, nous allons simplement finir l’année comme ça, avec un peu d’inflation. En 2013, les mesures décidées en 2012 vont commencer à s’appliquer. Entre hausses d’impôts, hausses de taxes, hausse du pétrole, ça va commencer à faire mal.

    2014…une année très dure! Autour de nous, tous les peuples seront révoltés, ils ne seront plus nos partenaires depuis longtemps. Ce sera déjà bien si l’UE et l’Euro existent encore. La Grèce sera vraisemblablement sortie de l’Euro depuis longtemps, l’Allemagne sera en faillite, l’Espagne sera au bord de la guerre civile, comme la Hongrie ou la Tchéquie…

    En mai 2015…ce sera le Printemps…

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