Aller au contenu

Faut-il « relocaliser » la dette ?

2011 décembre 17
Mots-clés : , , ,
par Laurent Boisseau

DetteFaut-il « relocaliser » la dette de l’Etat français ? C’est-à-dire la faire racheter en grande partie par ses citoyens, le peuple français. Cet article propose une piste de réflexion pour une solution court terme afin de rendre la dette plus soutenable. Que les lecteurs économistes me pardonnent éventuellement quelques approximations sur certains chiffres, ce billet n’ayant aucune prétention d’expert.

Aujourd’hui la dette souveraine de l’Etat français avoisine les 1 800 milliards d’euros. Creusée par les déficits successifs et aggravée par la crise financière, elle correspond en moyenne à plus de 26 000 euros par citoyen et à 85% du PIB environ. L’Agence France Trésor emprunte donc à des taux long terme (20 à 50 ans) compris entre 3,5 et 4%. Or cette dette est détenue à 66% par des fonds étrangers non résidents. Ainsi nous sommes donc dépendants des fameuses agences de notation que les marchés étrangers consultent. Est-ce blâmable ? Non, ils agissent comme n’importe quel prêteur qui veut mesurer le risque qu’il prend dans toute opération. De ce fait, toute dégradation de la note entraîne une hausse des taux d’intérêts selon toute bonne logique prudentielle. Ni moral, ni immoral, le capitalisme est par nature amoral comme l’a dit le philosophe André Comte-Sponville.
L’Etat français a donc pris la voie de financer sa dette publique par les marchés financiers à l’instar de nombreux autres états, sauf quelques uns comme le Japon par exemple. Le Japon est fortement endetté (plus de 225% du PIB) mais ses créanciers sont pour l’essentiel des entités citoyennes japonaises.
Les conditions de financement sont donc aussi importantes que la dette elle-même. Agir sur la dette par des politiques de rigueur est certes nécessaire, mais dangereux si elles ne permettent pas la relance économique. A quoi bon mourir guéri !

Des solutions sont tout à fait possibles au niveau européen, comme la mutualisation de la dette ou l’évolution du rôle de la BCE qui pourrait intervenir comme prêteur en dernier recours. Elles nécessitent cependant une volonté politique partagée entre les états membres de l’UE allant vers la construction d’une Europe fédérale. Je pense que l’on y arrivera à moyen, voire long terme, mais ce n’est pas dans l’agenda « Merkozy » pour le court terme.

Alors, ne peut-on pas se libérer de la pression des marchés qui nous imposent d’appuyer sur le frein des dépenses et l’accélérateur de la relance en même temps ?

Revenons aux chiffres macro. Nous avons d’un côté un encours de dette de l’ordre de 1 800 milliards d’euros. Le patrimoine des citoyens français (je ne parle pas de l’Etat) se monte à environ 10 000 milliards d’euros dont 62% concerne l’immobilier. Ce qui fait environ 3 800 milliards d’euros en valeurs mobilières. Ce dernier chiffre inclut les encours de l’Assurance vie, le placement préféré des français, qui s’établit à environ 1 380 milliards d’euros. Les investissements dans des fonds en euros représentent la part prépondérante de la collecte mais je ne dispose pas de sa proportion sur l’encours.
1 800 milliards d’un côté, 1 380 milliards de l’autre. Précisons tout de même que les fonds en euros de l’Assurance vie sont déjà investis pour partie dans des emprunts d’Etats dont la France fait partie (via des obligations assimilables du trésor ou OAT).

Ainsi la piste que je propose consisterait à utiliser ces fonds investis pour « racheter » la dette de l’Etat. Une sorte de vaste opération d’arbitrage, certainement assez complexe à réaliser, mais que les techniciens de la finance sauraient certainement résoudre en mettant leur génie au service d’une cause citoyenne d’amélioration des finances publiques !

Nous avons par le passé connu des grands emprunts financés auprès des particuliers :

  • L’emprunt Balladur en 1993,
  • L’emprunt Mauroy en 1983,
  • L’emprunt Barre en 1977,
  • L’emprunt Giscard en 1973,
  • L’emprunt Pinay en 1952…

Certes, ils n’ont pas toujours été des succès financiers pour l’Etat, loin s’en faut notamment à causes des nombreuses exonérations fiscales (déjà !). Mais ils avaient l’avantage d’associer directement les citoyens dans l’effort.

Il faudrait donc inventer de nouveaux dispositifs d’épargne incitant les français à investir dans leur dette nationale. Enjoindre les établissements financiers à y faire souscrire les particuliers. La crise actuelle a déjà entraîné une réduction du niveau de vie. Alors quitte à s’appauvrir, au moins faire le choix du civisme.

Cette piste est-elle réaliste ?
Je n’ai pas la réponse, en tout cas la question mérite d’être posée et la solution étudiée !

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :