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Dignité et souffrance au travail

2011 octobre 11
par Laurent Boisseau

EntretienAvez-vous regardé jeudi dernier sur France 2 l’excellent documentaire « La gueule de l’emploi » réalisé par Didier Cros ?
Il s’agissait de filmer une session de recrutement collective pour un poste de commercial dans une grande compagnie d’assurances.
Une dizaine de candidats étaient soumis aux jeux de rôles imposés par un « jury » composé de consultants en recrutement – chargés de l’animation – et de cadres RH et opérationnels de l’entreprise.
Téléréalité ? documentaire-fiction ? Non, la réalité.
Les candidats seront conduits au cours de la session à se plier à des pratiques exacerbant leur agressivité envers leurs collègues, les soumettant aux rôles que l’on veut leur faire jouer – prélude aux conditions de leur futur poste s’ils sont retenus. Bref des conditions humiliantes, voire inhumaines, et qui révèlent aussi l’incompétence des recruteurs !

Cette émission a fait le buzz dans l’écosystème du recrutement.
Le matin même de la diffusion, France Inter recevait dans le cadre de l’émission « Service Public » de Guillaume Erner, Didier Cros le réalisateur du documentaire, Alain Gavand Président–fondateur du cabinet de recrutement Alain Gavand consultant et Nicolas Doucerain Président du cabinet de recrutement Solic.

Alain Gavand avait eu l’occasion d’exprimer son indignation sur son blog dans un article titré : « La gueule de l’emploi. Ou le recrutement obscène. ». Professionnel du recrutement, il y explique de façon argumentée son aversion pour de telles pratiques, l’amateurisme des recruteurs dans le documentaire, ainsi que les atteintes à la dignité des candidats. Il continuera son combat engagé depuis une dizaine d’années pour un recrutement éthique et professionnel.

Faut-il que le marché du travail soit à ce point dégradé, avec l’explosion du chômage de masse, pour que de telles pratiques puissent perdurer, révélant une soumission tactique – symptôme de la résignation – des candidats à la recherche d’un emploi.
Travail, qui dérive de tripalium en latin, qui désignait un instrument de torture…
Et pourtant, le travail bien fait est une source de fierté. C’est un facteur d’épanouissement personnel, d’intégration et de lien social. Et qui doit apporter une juste rémunération.

Dans un domaine connexe, je signale le site « Souffrance et travail » de Marie Pezé.
Marie Pezé est Docteur en Psychologie, psychanalyste, expert auprès de la Cour d’Appel de Versailles.  Elle a créé la première consultation « Souffrance et travail » en 1997 au Centre d’Accueil et de Soins Hospitaliers de Nanterre.
Outre ces nombreux travaux sur le sujet, elle a participé aux documentaires : « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés » de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil ; « J’ai très mal au travail » de Jean-Michel Carré ; et « La mise à mort du travail » de Jean-Robert Viallet.
Elle est également Présidente de l’association « Diffusion des Connaissances sur le Travail Humain ».
Son site internet est très documenté et comprend de nombreuses informations pratiques…

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