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Convaincre et rassembler

2011 septembre 18
par Laurent Boisseau

2012 Etat d'urgence - Plon

« Produire en France » et « Rendre à la France la meilleure éducation du monde », ces deux phrases construites autour de verbes d’actions expriment la priorité pour François Bayrou dans son dernier ouvrage 2012 Etat d’urgence publié chez Plon. Produire, Instruire et Construire.

Il y a du souffle comme on dit. Le style est alerte, les phrases courtes et précises, l’ambiance n’est pas tant à la description mais à l’action, car il faut agir vite. Il est grand temps. Le professeur s’est mué en capitaine d’industrie, et c’est l’écrivain qui rédige.

Le discours est incisif, « C’est une guerre que nous avons à livrer ». Clémenceau est convoqué pour l’occasion. Puis c’est au tour de Pascal, François Bayrou fait le pari de la réindustrialisation : produire en France. L’analyse est juste et le plan d’action ambitieux avec des efforts à consentir, mais la réussite est au bout. On imagine les discours qu’auraient pu en tirer un Churchill ou un de Gaulle !

L’état doit encourager cette stratégie – sans la diriger – en recréant une sorte de Commissariat au plan.

Les comparaisons au modèle économique allemand sont souvent citées à juste titre, au modèle politique aussi, mais de façon plus implicite avec l’introduction de la proportionnelle dans la représentation nationale.

L’auteur prend des risques, avec courage. Il commence par rejeter – arguments à l’appui – la démondialisation proposée par la droite de la droite et la gauche de la gauche, chacune à leur façon. Puis il aborde la macroéconomie en choisissant de privilégier l’offre à la demande pour rééquilibrer la balance du commerce extérieur qui tire notre déficit vers le fond. Il met de côté le modèle Keynésien. Mais « Keynes pensait-il vraiment ce que les Keynesiens affirment qu’il pensait ? » se demande-t-il. Pas faux.

La priorité est au développement des PME, elles sont défavorisées proportionnellement aux grandes entreprises, comme celles du CAC40. Il pointe la fiscalité qui avantage ces dernières, mais il n’y a pas que cela. Pour ma part j’irais plus loin. Il y a aussi le fait que les grandes entreprises ont souvent des comportements de prédateurs par rapport aux PME, les contraignant à survivre selon un modèle économique de sous-traitance. Rien à voir avec l’industrie allemande où se développent de nombreuses entreprises de taille moyenne importante qui ont dépassé le seuil critique nécessaire à leur indépendance, leur permettant d’innover et d’exporter.

Relancer l’offre nécessite d’alléger les charges des entreprises, l’auteur propose de les déplacer selon deux pistes, sans toutefois choisir : la CSG ou la TVA. Quelle que soit la solution, ce sont des mesures impopulaires car elles s’appliquent, surtout pour la seconde, indifféremment à l’ensemble de la population en dégradant immédiatement le pouvoir d’achat.
Pour le reste, la justice doit précéder toute réforme de façon à répartir l’effort de contribution en fonction des catégories sociales.

Concernant l’Europe, François Bayrou propose de renforcer sa construction et compare cette nécessaire évolution au mode de fonctionnement des coopératives de l’économie sociale et solidaire.

Redonner aux jeunes français une des meilleures éducations du monde. C’est la seconde priorité. Il faut reconquérir et reconstruire l’école de la république. Revaloriser les enseignants, rassurer les parents, et surtout donner toutes leurs chances aux élèves et étudiants. François Bayrou rappelle sa proposition de 2007 visant à « sanctuariser » les moyens de l’école.

Les conditions politiques du redressement passent par une nouvelle présidence et un nouveau gouvernement qui s’appuie sur une nouvelle majorité qu’il qualifie de centrale. Et surtout réconcilier les français au lieu de les diviser à chaque occasion en les dressant les uns contre les autres.

Alors cher François Bayrou, il faut maintenant pour remporter l’échéance de 2012, « Convaincre et rassembler ». Et pour cela faire bouger les lignes : le centre ne suffit pas, il faut aller au devant des français de tous bords, de droite, de gauche, dépasser les clivages, s’imposer comme le leader capable de fédérer et incarner cette troisième voie du rassemblement, démocrate et républicain, de ceux qui ne veulent plus aujourd’hui de politiques tièdes ou irréalistes qui conduisent au déclin de notre pays.
Ainsi d’ailleurs que vous l’écrivez :

Souvenir de la Résistance, exigence de la Libération, construction de la Ve République, chaque fois démocrates chrétiens, socialistes et gaullistes furent associés dans l’effort.

Une réponse
  1. septembre 19, 2011

    C’est tout à fait cela, convaincre et rassembler, c’est aussi l’autre sens de la « majorité nouvelle » que François devra bâtir pour 2012.

Les commentaires sont fermés.

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