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L’équation complexe du professeur Bayrou

2011 février 6
par Laurent Boisseau
François Bayrou à l'Elysée

© Philippe Wojazer / Reuters

Je viens de lire le dernier billet écrit par l’Hérétique. Ce dernier analyse de manière très pertinente le positionnement de François Bayrou par rapport au centrisme. L’Hérétique a été inspiré dans son analyse par le compte-rendu d’un séminaire consacré aux centres sous la Vème république, écrit par Jérôme Grondeux, professeur d’histoire et maître de conférences à la Sorbonne.

Il montre avec une grande acuité la personnalité complexe de François Bayrou, qui en fait un centriste par la pondération de certains de ses points de vue, et aussi sans nul doute son parcours politique. En revanche, les thématiques fortes défendues par le député béarnais, sa posture de tribun, le refus catégorique de toute compromission, ne sont pas véritablement d’essence centriste.
J’ai de mon côté encore en mémoire, cette apostrophe de François Bayrou, prononcée lors du congrès fondateur du MoDem à Villepinte en 2007 qui disait :

« Je suis très frappé par le Congrès fondateur que nous avons eu et je suis très frappé par le changement que nous assumons ensemble. Il y a longtemps que je voulais et que je rêvais d’un changement profond dans la désignation de cette famille politique qui, jusqu’à maintenant, était uniquement qualifiée de centre ou de centriste. J’ai toujours trouvé que centriste, cela rimait avec triste et j’ai toujours préféré dire centrale, mais il me semblait depuis longtemps que l’enjeu c’était que l’on ne nous désigne plus par une définition géographique, par référence à la droite et à la gauche, mais que l’on nous désigne par notre identité.
Alors, démocrates, je vous salue, citoyens démocrates, je vous salue !…. »

Les thèmes principaux que développe François Bayrou sont plutôt semi-gaulliens comme le pointe Jérôme Grondeux : une troisième voie d’union nationale qui s’affranchit d’un clivage droite-gauche, la cacophonie interne des partis politiques, la construction européenne conditionnée à la reprise d’initiative de la France, la critique de l’interpénétration des intérêts publics et privés…

Et l’Hérétique de conclure son article par cette belle formule en forme de synthèse :

« Bayrou accomplit d’une certaine manière l’esprit du centrisme par une figure qui en est emblématique et que l’on trouve chez Cicéron, un centriste historique : l’honnête homme, l’homme de bien, les boni viri, comme dit Cicéron. »

Pour apporter un éclairage complémentaire sur le positionnement du centre, j’ai toujours en mémoire l’analyse que faisait Jean-François Kahn sur son blog en juin dernier : il s’agit de se porter « résolument en avant, pour préparer une véritable alternative porteuse d’un nouveau modèle ».

La présidentielle de 2012, par un tropisme typiquement français, va devenir de plus en plus présente dans notre actualité politique. François Bayrou est le seul homme politique de notre pays à avoir une vision claire et un projet humaniste pour notre société.

Mais il n’est pas à l’heure actuelle assez audible. Il bénéficie d’un capital de sympathie reconnu dans l’opinion et peut apparaître comme une « vigie républicaine », un « sage ». Mais pour devenir notre futur chef de l’Etat, je souhaite qu’il arrive à fédérer, et incarner, cette troisième voie du rassemblement, démocrate et républicain, de ceux qui ne veulent pas aujourd’hui encore un nouveau quinquennat Sarkozy et qui ne veulent pas non plus d’une candidature socialiste. Ce projet pour le 21e siècle tourné vers l’avenir, devra aussi puiser sa force dans les racines de notre république autour de ses valeurs fondatrices de liberté, d’égalité et de fraternité.

  1. février 6, 2011

    En parfait accord avec ton billet, Laurent.

    Un état d’esprit semi-gaullien, semi-centriste, un ensemble démocrate…

    Reste à fédérer tout cela avec une communication publique efficace et irréprochable, car il faudra convaincre les bonnes volontés, élus et surtout électeurs pour le rassemblement crucial de 2012.

  2. Françoise Blanche lien permanent
    février 6, 2011

    Après avoir passé quelques temps au Modem, après avoir appelé le béarnais à trouver son modèle humaniste, après l’avoir aiguillé sur un vrai projet original, après avoir observé le vide sidéral de son projet fantome, son manque d’honnêteté et son manque d’imagination, je n’arrive pas à comprendre que des personnes puissent encore le béatifier ainsi. C’est un homme politique dans toute sa splendeur, ni meilleur ni pire qu’un autre… Mais il joue sur votre rêve…

    Bayrou a voulu que le Modem prenne la place du PS. Il ne songe qu’à se caser dans un ministère. Il faut être complètement sourd et aveugle pour percevoir une autre intention à ses actions.

    Il a eu quelques années pour travailler son alternative politique, il n’a fait que… Quoi au fait ?

  3. février 6, 2011

    @ Françoise : Mon article ne fait pas vraiment dans ce que l’on pourrait appeler de la « béatification ».
    Il se termine d’ailleurs par une exhortation du futur candidat à la présidentielle à être plus audible, plus rassembleur. Il est d’ailleurs dans la continuité de mon précédent billet « Réveillez-vous ! » qui s’adressait également à François Bayrou, surtout si vous avez lu l’article de JF. Kahn dans Marianne.
    Bayrou songe essentiellement à la présidentielle, c’est une évidence, et sans doute la stratégie ou l’organisation du MoDem a pu en souffrir. Mais ne dites pas qu’il ambitionne un ministère, car dans ce cas, il lui aurait suffit d’un ralliement pour récupérer un « maroquin ». Il s’est au contraire positionné dans l’indépendance, au risque d’apparaître solitaire. C’est au contraire une position courageuse, qu’il a payé au prix fort, lui et ceux qui l’y ont suivi. Mais, en réfléchissant bien, tous les hommes politiques qui ont marqué leur époque de leur empreinte sont tous passés par des phases analogues. Le tout est de savoir en sortir et les transcender. Ce n’est pas un rêve, c’est plutôt un espoir.

  4. février 6, 2011

    Ce billet me semble très juste et équilibré. Je comprends mal pourquoi Françoise Blanche y voit une béatification… je comprends encore moins son affirmation selon laquelle François Bayrou « ne songe qu’à se caser dans un ministère. » D’une part, il a déjà donné ; d’autre part, s’il l’avait souhaité, il aurait eu à peu près le ministère qu’il voulait, en échange de son silence… (Certains le voyaient même remplacer François Fillon au dernier remaniement !)

    Qu’on lui reproche une ambition élyséenne qui aurait contribué à de grosses lacunes dans la préparation par le MoDem des autres élections, des législatives 2007 aux européennes 2009 ou aux actuelles cantonales … soit. Mais un recasage ministériel, laissez cela à nos amis néo-centristes, qui ne demandent pas mieux 😉

  5. Françoise Blanche lien permanent
    février 8, 2011

    « Bayrou accomplit d’une certaine manière l’esprit du centrisme par une figure qui en est emblématique et que l’on trouve chez Cicéron, un centriste historique : l’honnête homme, l’homme de bien, les boni viri, comme dit Cicéron. »

    Pour moi, c’est de la béatification ça. Bon, ceci dit, c’est du pur Hérétique…

    Oui, Bayrou veut un ministère et espère l’obtenir grâce aux présidentielles. Ce n’est pas lui qui a refusé de se rallier. La gauche a trouvé qu’il y avait plus d’inconvénients que d’avantages à prendre la main qu’il tendait… Contre un bon ministère…

    C’est là que je n’en reviens pas. Comment peut-on ne pas voir… Ne pas comprendre…

    Bon sang, réveillez vous !

  6. février 11, 2011

    @ Françoise Blanche : s’il n’y a pas de différence entre « honnête homme » et « béatifié », l’honnêteté est sans doute une denrée bien trop rare. Finalement, Billy Joel avait raison.

  7. février 12, 2011

    Merci Frédéric pour ces commentaires. A la fois encourageants, pertinents, et exprimés de manière sobre.

  8. Françoise Blanche lien permanent
    février 15, 2011

    @ Frédéric LN

    François Bayrou est le contraire d’un homme honnête. Mais vous ne voulez pas l’admettre. Vous le prenez pour un autre, celui que vous voudriez qu’il soit.

    C’est pourquoi je m’insurge depuis longtemps car c’est cette crédulité des fans qui encourage les politiciens de cette trempe à faire leurs petites magouilles électorales au détriment des Français.

    Continuez à vous applaudir entre vous. Vous serez bien obligés d’admettre un de ces quatre que vous êtes dans l’erreur. Il sera sans doute trop tard vue la force avec laquelle vous persistez dans vos certitudes.

    Tant pis, j’aurais tenté. Adieu donc. Ce blog est finalement moins intéressant que ne le présageait la plume de l’auteur des articles.
    Comme quoi, entre la plume et l’ouverture de la comprenette il y a un grand pas à franchir.

    (°_^…

  9. février 15, 2011

    @ Françoise : Arrêtons ce débat et parlons d’autres choses. Et si on échangeait positivement ? Quels sont les autres sujets abordés sur ce blog qui vous intéressent ?

Rétroliens

  1. Laurent Boisseau

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