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En mémoire de ceux qui ne sont jamais revenus…

2011 janvier 27
par Laurent Boisseau

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques le 27 janvier 1945. « Libération », comme ce mot sonne étrange et inadapté quand on sait les conditions dans lesquelles cela s’est passé…
J’avais participé à un pèlerinage dans ce camp en début d’année 2006. Cette visite m’avait profondément marqué. J’aurai l’occasion d’y revenir plus tard, et parler de ce voyage, de Jo Wajsblat – survivant à 15 ans – qui nous avait accompagnés, de Primo Levi et de son livre Si c’est un homme.
Télérama a repris récemment cette citation de Primo Levi extraite d’un autre ouvrage Les Naufragés et les Rescapés. Quarante ans après Auschwitz :

Nous les survivants, ne sommes pas les vrais témoins. […] Nous sommes une minorité non seulement exiguë, mais anormale. Nous sommes ceux qui, grâce à la prévarication, l’habileté ou la chance, n’ont pas touché le fond. Ceux qui l’ont fait, qui ont vu la Gorgone, ne sont pas venus raconter. […] Eux sont la règle, nous l’exception.

Ce pèlerinage m’avait alors inspiré les lignes et les photos qui suivent et que je souhaite dédier tout particulièrement à ceux qui ne sont jamais revenus :

On leur avait pris leurs biens, leurs effets, leur vie et plus encore, on avait tenté de faire disparaître leur identité.
Après une longue marche dans la neige, le froid, le vent, nous avions traversé des bâtiments vides ou en ruines, des lieux chargés de mémoire, mais très peu de traces de l’identité de leurs occupants.
Puis nous sommes entrés dans ce bâtiment appelé le « Canada ». Et là nous avons vu leurs affaires, leurs objets personnels, une identité commençait à se reconstruire autour de ces souvenirs méthodiquement rassemblés.
Enfin nous avons eu une surprise dans la pièce suivante, leur identité nous a littéralement sauté aux yeux, les photographies de tous ces visages, essentiellement des souvenirs de famille avec ce côté quelquefois un peu désuet qui en d’autres lieux aurait pu être banal mais qui ici, nous fit ressentir une intense émotion imprégnant ces lieux de sentiments d’humanité.

Leur identité leur a survécu, l’identité de ces lieux a cependant été changée à jamais. La « petite prairie aux bouleaux », Brzezinka en polonais, on l’avait traduite et rebaptisée Birkenau

Auschwitz-Birkenau

Auschwitz-Birkenau

  1. janvier 27, 2011

    Merci Laurent pour ce très beau billet. N’oublions jamais.

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