Aller au contenu

Fascination baroque

2010 décembre 23
Mots-clés : , ,
par Laurent Boisseau
Désert de Goby by Danis

Désert de Goby by Danis

Bien calé dans mon fauteuil, les deux tubes en plastique bleu placés dans mes oreilles diffusaient « King Arthur », l’opéra d’Henry Purcell, vraisemblablement dans la version dirigée par William Christie et les Arts Florissants. Une douce torpeur tentait de m’envahir, mais je décidais de rester éveillé et profiter de ce vol de retour. La plupart de mes voisins étaient en train de faire une sieste et avaient fermé les volets de leur hublot. En m’offrant une coupe de champagne, l’hôtesse me proposa d’occulter le mien. Je refusais poliment en la remerciant. Je dirigeais mon regard vers le hublot ensoleillé et je vis alors une longue étendue d’une étrange couleur entre le rouge et le brun, légèrement vallonnée, où étions-nous donc ?

Nous avions quitté la campagne chinoise depuis quelque temps, un rapide coup d’œil vers l’écran situé à l’avant de l’appareil m’indiqua que nous survolions le désert de Gobi en direction d’Oulan-Bator, nous étions en Mongolie. C’était donc cela, le fameux désert de Gobi, dont je ne connaissais que le nom, un nom qui me fascinait, tant cela me paraissait lointain… 

Plusieurs heures plus tôt, aux premières lueurs de l’aube, nous avions décollé de Séoul d’où je revenais d’un déplacement professionnel en Corée, le « pays du matin calme ». J’étais content de rentrer, je repensais néanmoins à ce séjour, riche en rencontres et en découvertes de toutes sortes qui m’avaient totalement dépaysées. C’était il y a une quinzaine d’années.

Il avait été principalement occupé par des réunions professionnelles, entrecoupées de négociations commerciales avec des entreprises coréennes. Il m’avait fallu m’adapter – en quelques heures – à la culture locale des négociations d’affaires. La Corée était en plein boom économique, son marché des télécommunications s’ouvrait à la concurrence, comme un peu partout à l’époque. Si mes hôtes avaient un grand sens de la courtoisie et de l’hospitalité, selon des rituels assez formels, le sens des affaires était prépondérant, ils étaient très fiers de leurs succès et dans de nombreux domaines. C’était un peu comme un sport de combat où l’on s’observe en essayant de tirer partie des failles de l’adversaire. Je pense y avoir réussi, un respect mutuel s’était établi entre nous et nous permettrait de poursuivre notre collaboration…

Puis il y avait eu surtout cette visite de Séoul, guidé par un jeune correspondant Coréen qui se faisait appeler Bernard, et qui aimait faire découvrir sa ville aux hôtes étrangers. Profitant du dernier après-midi de mon séjour, nous avions parcouru cette immense ville en pleine transformation, traversée par le fleuve Han. Il y avait eu la visite du Palais royal de Séoul, magnifiquement conservé, avec ses bâtiments, ses cours, ses jardins. Bernard me raconta aussi l’occupation japonaise de la Corée au début du vingtième siècle, et combien cela avait marqué le peuple coréen. A côté se trouvait le Musée folklorique coréen, une peu dans le genre de nos musées des arts et traditions populaires. C’est dans ce musée que j’en apprenais plus sur l’habitat coréen, les traditions, la vie dans les campagnes à des lieues de cette grande métropole internationale de Séoul. Leur alphabet aussi m’intriguait, composé de phonèmes syllabiques, il est différent du système d’écriture chinois ou japonais basé sur les idéogrammes.

La visite s’était terminée par une ascension de la tour de Séoul, de construction moderne et située sur les hauteurs de la ville, elle permet d’avoir une vue panoramique sur toute la région. Juste avant, j’avais eu cette discussion à bâtons rompus avec un militaire américain qui faisait son footing. Apprenant par Bernard que j’étais français, il m’avait entraîné dans une discussion sur la libéralisation du marché des télécommunications en Europe. J’avais effectivement vu auparavant ce camp américain lors de mes pérégrinations dans Séoul, il n’était pas sans me rappeler ceux qui existaient en France jusqu’en 1965, avant que le Général de Gaulle ne décide de quitter le commandement intégré de l’OTAN.

Le désert de Gobi continuait de dérouler son immense paysage sous notre avion. Après la surprise de sa découverte, une sensation de bonheur, l’impression de vivre un moment exceptionnel m’avait envahi. Ecouter de la musique baroque, avec sa richesse polyphonique qui mêlait à la fois les instruments et les voix humaines, et survoler un désert à plus de 10 000 mètres d’altitude tout en étant confortablement assis dans un fauteuil ! Quel curieux rapprochement spatio-temporel !

King Arthur ; Henry Purcell

King Arthur ; Henry Purcell

Tous les souvenirs de ce séjour, la musique de Purcell, le désert de Gobi, tout cela entremêlé exerçait sur moi une véritable fascination baroque…

L’impression également de vivre un moment volé, un peu comme l’on parle d’une photo volée

Vous pouvez retrouver les photos de ce voyage dans mon Album photo.

  1. décembre 24, 2010

    Merci pour ce billet. Belles photos

Rétroliens

  1. Laurent Boisseau

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :