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Pour redonner du sens à la valeur « travail »

2010 décembre 4
par Laurent Boisseau

TravailL’évolution des entreprises et de leurs modes de management ont changé profondément le rapport au travail. Les objectifs de productivité, l’individualisation des tâches au détriment du collectif ont engendré une augmentation du stress et ce que l’on appelle maintenant les « risques psychosociaux ».

Les drames récents révèlent au grand jour un mal-être au travail qui se généralise. Il touche indifféremment les entreprises privées mais également les organismes publics, aucune catégorie sociale n’est épargnée. Au point que l’on constate une perte de sens du travail.

Progressivement depuis une vingtaine d’années, les nouvelles organisations du travail, plus transversales (ou matricielles), font appel à d’avantage de polyvalence et d’autonomie. Mais elles soumettent aussi les salariés à une tension constante. Production en flux tendu et « pression » du client, provoquent notamment chez les salariés l’apparition de :
– problèmes psychiques associés au stress prolongé,
– troubles musculo-squelettiques liés aux gestes répétitifs.
Ces malaises sont souvent amplifiés par le contexte du chômage de masse et des multiples restructurations des entreprises. La crise économique que nous traversons a accentué le phénomène, mais aussi paradoxalement, développé une prise de conscience.

Il faut impérativement réduire ce mal-être au travail, en commençant par une analyse systémique des différentes causes structurelles et conjoncturelles qui favorisent son développement, afin de mieux les combattre. Il s’agit d’une approche humaniste qui doit remettre le travailleur – en tant qu’être humain – au centre de l’organisation du travail, et permettre de définir une nouvelle association capital-travail. Ces actions doivent être conduites par les partenaires sociaux (patronat, salariés), des réflexions sont heureusement déjà en cours, mais elles doivent être plus fortement encouragées, voire contrôlées par le pouvoir politique, quitte à en définir le cadre par la voie législative.

Parallèlement à cela, j’ai découvert récemment une étude intéressante relayée par le site indiceRH.net : il s’agit de « la première enquête nationale auprès des dirigeants sur l’impact de la crise sur l’activité, les relations humaines, la productivité et les valeurs de l’entreprise ».
BeBetter&Co, nouveau cabinet de conseil en stratégie, s’est penché sur ce nouveau mal en réalisant une enquête nationale sur le thème de la création de valeur et en donnant la parole à des chefs d’entreprises français. Une étude réalisée en collaboration avec OpinionWay.

Cette étude révèle que les dirigeants placent désormais certains des enjeux sociaux au même niveau que les enjeux économiques et financiers. Mais elle met également en relief le décalage existant entre leur perception des enjeux et les moyens ou ressources dont ils disposent pour les réaliser.

Ainsi, je cite :
– 41% des dirigeants déclarent que leur entreprise doit créer du bénéfice, et 39% ont les ressources pour le faire, ces deux chiffres sont à l’équilibre donc.
– 35% des dirigeants déclarent que leur entreprise doit créer du chiffre d’affaires, et 32% ont les ressources en interne pour le faire, l’équilibre est assuré là aussi.
– mais 40% des dirigeants déclarent que leur entreprise doit créer le bien-être et le développement personnel des individus en son sein, alors que seulement 15% déclarent avoir les moyens en interne pour y arriver.
– et 27% des dirigeants déclarent que leur entreprise doit créer le bien-être et le développement personnel des individus au-delà d’elle, alors que seulement 8% déclarent avoir les moyens en interne pour y arriver.

La conclusion de cette étude met également en exergue le constat suivant :
« Le véritable objectif d’une entreprise est de répondre aux besoins, aux aspirations de développement des hommes et des femmes qui constituent son écosystème, dans l’entreprise (employés, managers, syndicats) et à l’extérieur de l’entreprise (clients, fournisseurs, législateurs, associations …). Pour se développer elle a besoin de moyens financiers. Le profit devrait donc être plutôt considéré comme un moyen au service des buts poursuivis par l’entreprise ET ses parties prenantes. »

Puisse cette prise de conscience salutaire se généraliser afin de redonner du sens au travail, et en d’autres termes arrêter « La mise à mort du travail » pour reprendre le titre de la série documentaire diffusée par France 3. 

Sources :
– indiceRH.net : www.indicerh.net
– BeBetter&Co : www.bebetterandco.com
– France 3 : www.france3.fr

  1. février 10, 2012

    Cher Monsieur,

    Je suis l’un des fondateurs du cabinet Conseil BeBetter&Co que vous avez eu l’amabilité de citez dans votre post.
    Je ne l’avais pas vu à l’époque de la sortie de notre étude sur la création de valeur.
    je vous remercie pour cela et pour la restitution particulièrement bien contextualisée des informations extraites via l’article d’Indice RH.
    Si cela vous intéresse, je tiens à votre disposition le support de présentation de la conférence durant laquelle nous avions présenté les résultats de cette étude et notre approche de la création de valeur sociale par les entreprises.
    Bien à vous,
    Xavier Filiol de Raimond

  2. février 10, 2012

    Cher Monsieur,

    Je vous remercie également pour votre commentaire qui m’a fait plaisir.
    Votre étude m’avait particulièrement intéressé à l’époque, notamment car elle reposait à juste titre la question de la finalité de l’entreprise : développer de la valeur pour ses différentes parties prenantes (« stake-holders » internes et externes) et non pour le principal bénéfice des actionnaires (« share-holders »)…

    Bien à vous

Rétroliens

  1. Laurent Boisseau

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