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Du temps pour la vie…

2010 juin 19
par Laurent Boisseau
Les générations

Les générations

« Les jours heureux », c’était le nom d’une pièce à succès des années 40, mais plus étonnant encore c’était le nom du programme qui est à l’origine du contrat social qui a gouverné nos « trente glorieuses ».
Ce programme a été élaboré et adopté à l’unanimité par le Conseil National de la Résistance (par un large rassemblement allant des gaullistes aux communistes) en mars 1944. La France et le monde étaient encore en guerre, et pourtant, dans cette ambiance de clandestinité, allait naître un projet ambitieux traçant dans les grandes lignes les réformes suivantes qui seraient réalisées à la fin de la seconde guerre mondiale : la sécurité sociale, les retraites par répartition, les droits des travailleurs dans les entreprises.
Las, depuis la fin des « trente glorieuses », les poussées néolibérales n’ont eu de cesse de détricoter progressivement et méthodiquement le programme du CNR.
Il est incontestable que l’urgence est à la sauvegarde de notre système de retraites, une réforme est indispensable, mais la priorité – tout aussi incontestable – concerne plus généralement l’emploi.
L’approche actuelle – telle qu’elle est généralement présentée – est essentiellement économique, voire comptable. En d’autres termes elle vise à combattre les symptômes (les déficits des systèmes de retraites) et non les causes à la racine dont la principale est le taux d’emploi de la population.

Il s’agit donc avant tout de la gestion de l’employabilité tout au long de la vie, avec la prise en compte des situations de plus en plus fréquentes, telles que les parcours fractionnés, les polypensionnés, etc.

Les principaux enjeux et leviers de la réforme, tels qu’ils sont souvent présentés, concernent : l’âge de départ, le montant de la retraite, les cotisations. Tout a été quasiment dit sur ces sujets :

  • Comment reporter l’âge de la retraite sans une prolongation équivalente d’une activité professionnelle effective ; alors qu’elle se concentre essentiellement entre 30 et 55 ans ?
  • Comment élargir l’assiette des cotisations, mettre à contribution tous les revenus, y compris ceux du capital, mais de façon progressive par rapport au montant, afin d’éviter de pénaliser le pouvoir d’achat des classes moyennes et par conséquent la consommation ?

Aucune solution ne se dessine pour résoudre efficacement et de façon pérenne la situation des retraites et sans mettre en péril la cohésion sociale (le risque de « guerre sociale » comme le dit François Bayrou). Seule la mise en œuvre d’une réforme systémique, une véritable recomposition du système politico-social, et en rupture avec les paramètres actuels, permettra d’envisager des solutions plus adaptées et prenant en compte la nouvelle donne sociologique de notre société du 21e siècle face au travail.

Nous sommes de nouveau à une échéance primordiale pour refondre notre système de protection sociale, à l’instar de la fondation de notre système actuel par le CNR.

Il faut donc être créatif et inventer un nouveau contrat social bâti sur un nouveau modèle qui peut aussi s’inspirer de modèles existants. On parle souvent du modèle de flex-sécurité finno-scandinave dans lequel la flexibilité de l’emploi est compensée par une sécurité assurée par une indemnisation et surtout un niveau de formation élevé. Ces politiques nécessitent des moyens budgétaires importants et supposent une forte mobilisation au sein des entreprises et un dialogue social de qualité. La France n’en est pas là aujourd’hui. Et d’ailleurs, en serait-elle là, pourrait-elle le faire seule ? Très difficilement sans doute, car un tel projet ambitieux, n’est pas sans conséquence sur les politiques budgétaires et économiques. Il faut donc le concevoir sur un périmètre beaucoup plus large, et c’est donc au niveau européen qu’il faut mettre en œuvre des politiques communes de gestion de l’emploi.

Pourquoi ne pas envisager sous l’égide de l’Union européenne, et de façon coordonnée, le développement dans chacun des pays qui la composent de structures autonomes, gérées paritairement par des représentants des partenaires sociaux, et chargées de prendre en charge globalement la gestion de l’employabilité des travailleurs.

Un nouveau contrat social est donc à reconstruire, et maintenant dans une perspective européenne. C’est-à-dire de façon progressive, en définissant des critères de convergence, et non par uniformisation compte tenu des disparités entre chacun des états membres.

En parallèle, ces démarches doivent s’accompagner d’une profonde réflexion sur le sens même du travail. On notera à ce sujet les conclusions du rapport « Bien-être et efficacité au travail » cité en référence.

Il s’agit ni plus ni moins de réconcilier le social et l’économique. Promouvoir le bien-être au travail ne relève pas d’une vision angélique ou d’une approche philanthropique. Le rapport cité montre au contraire, que c’est « un atout pour la performance » des entreprises. La France est sur ces sujets très en retard comparée au Canada ou aux pays nordiques.

Le social ne doit plus être perçu comme un ensemble de contraintes ayant un coût, mais bien comme un avantage stratégique.

En synthèse, il s’agit d’un enjeu national majeur et qui concerne au premier chef les générations futures.

Ce nouveau contrat social doit s’adapter à une nouvelle organisation des rythmes de vie, en prise avec les réalités du 21e siècle, avec la fin des rythmes linéaires, des carrières plus évolutives avec des « temps différents » consacrés :

  • au travail productif proprement dit (public ou privé),
  • à la formation dans le cadre de la gestion des parcours professionnels,
  • à l’investissement dans des activités associatives utiles à la collectivité,
  • à la famille et à l’éducation des enfants comme à l’accompagnement de nos aînés.

Rien de moins qu’un grand projet humaniste qui pourra être repris pour l’échéance de 2012. Personnellement, en écho au nom du programme « Les jours heureux », je l’appellerai :

« Du temps pour la vie… »

Sources :
– Retraites, les termes du débat – Alternatives économiques N° 292 – juin 2010.
– La démolition en marche – Télérama N° 3150 – mai 2010.
– Bien-être et efficacité au travail, par H. Lachmann, C. Larose et M. Pénicaud – Rapport fait à la demande du 1er ministre – février 2010.

Publié en juin 2010 sur le blog du MoDem à Issy-les-Moulineaux.

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