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Emploi des seniors : la France à la traîne de l’Europe

2008 avril 4
par Laurent Boisseau

Cette année est programmé le nouveau rendez-vous sur les retraites. Premier point d’achoppement : la durée du travail doit-elle passer à 41 annuités au lieu des 40 actuelles ?
Mais, est-ce bien la vraie question ?

A l’heure du « travailler plus » les seniors restent – de gré ou de force – largement exclus de l’emploi. Des injonctions ont beau venir de la part du gouvernement ou du patronat, rien n’est fait sur le terrain.
L’âge moyen de sortie du marché du travail stagne autour de 58 ans en France, soit deux ans avant l’âge légal de départ en retraite.
Le taux d’emploi des 55-64 ans est particulièrement faible en France : de l’ordre de 38%. En Europe, la France est en queue de peloton, juste avant l’Italie qui est dernière. Cinq pays sont en tête : le Danemark, la Suède, le Royaume Uni et la Finlande, tous au dessus de 50%.
L’Europe s’est fixé pour objectif qu’une personne âgée de 55 à 64 ans sur deux soit encore en emploi à l’horizon 2010. Pour y parvenir, deux modèles se distinguent actuellement :

Le premier, libéral, est symbolisé par le Royaume-Uni. Il est d’abord caractérisé par la faiblesse du niveau des retraites. Les seniors se voient donc contraints d’y accepter des emplois faiblement rémunérés pour s’assurer un revenu. Cette voie a été suivie par les Pays-Bas, en adoptant une série de mesures visant à contraindre les seniors à reprendre un emploi, fut-il précaire.

A l’opposé, le modèle finno-scandinave se distingue par un niveau élevé de formation professionnelle, des subventions à l’embauche des seniors, etc. Ces politiques nécessitent des moyens budgétaires importants et supposent une forte mobilisation au sein des entreprises et un dialogue social de qualité. La France n’en est pas là aujourd’hui.

La véritable question qui se pose est prioritairement la sécurisation des parcours professionnels, et ce sans discrimination d’âge. Car à l’opposé des seniors, l’entrée dans la vie active des jeunes qui s’effectue en enchaînant des stages peu rémunérés, ou des CDD précaires à répétition, n’est évidemment pas un modèle à pérenniser. C’est donc en luttant pour le plein-emploi de tous les salariés, sans distinction d’âge, que l’on peut espérer améliorer l’emploi des plus vieux d’entre eux.

Et pour revenir à la question initiale, allonger la durée du travail dans les conditions actuelles d’emploi des seniors revient à prolonger les fins de carrière par des périodes de chômage loin d’être toutes indemnisées. Ce qui veut dire dans le meilleur des cas, remplacer des pensions par des indemnités de chômage…

C’est là un véritable sujet de « Social-économie ». La France, à l’instar des autres pays européens, doit s’y atteler sans tarder. Car le résultat de la situation actuelle est, en utilisant le langage économique, de la destruction de valeur (l’expérience des seniors inutilisée) ; et en utilisant le langage social un véritable gâchis humain.

Rédigé librement d’après un article d’Alternatives économiques d’avril 2008.

Publié en avril 2008 sur le blog du MoDem à Issy-les-Moulineaux.

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