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Je suis un Isséen

2008 janvier 1
par Laurent Boisseau
Ciceron
Ciceron

« Civis Romanus sum », « Je suis citoyen de Rome ». Par cette affirmation, le citoyen de la république romaine exprime avec fierté son identité. A cette époque Rome signifie à la fois la Cité et l’ensemble des territoires qui appartiennent à la République , puis à l’Empire. Etre un citoyen est un privilège, ce statut lui donne des droits – en tout premier la libertas – et lui impose des devoirs. Rome est pour lui le centre du monde, il lui voue un amour indéfectible et est prêt à la servir en participant à sa vie politique – en s’engageant dans la carrière des honneurs, le cursus honorum – et aussi à la défendre militairement – comme soldat – lorsqu’elle est menacée. Il participe à de grandes fêtes collectives et attend de ses concitoyens reconnaissance et identité.

 

J-F. Kennedy

J-F. Kennedy

C’est en référence à cette citation que le Président démocrate J-F. Kennedy prononcera son fameux discours devant le mur de Berlin en juin 1963 en expliquant que les berlinois sont les symboles de la liberté, et qu’il est fier – en tant qu’homme libre – tout comme 2000 ans plus tôt les citoyens de Rome étaient fiers de se dire Romains, de pouvoir dire à son tour : « Ich bin ein Berliner ».

Tous les habitants de Rome n’étaient pas citoyens, et les citoyens s’ils étaient théoriquement égaux en droit, étaient loin de l’être en pratique, pour des critères d’âge (cursus honorum), géographiques (habiter la ville de Rome), ou de richesse (classement censitaire).
Après la chute de Rome, le terme de citoyen perdra de sa valeur politique. Il reprendra son sens et aussi son prestige à la révolution française et désignera l’ensemble des hommes et des femmes qui appartiennent à la Nation. Désormais , les citoyens ne sont plus des sujets, ils ont acquis des droits de liberté exposés dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, qui figure toujours dans le préambule de la constitution de notre cinquième république.

Au sens premier du terme, le citoyen est celui qui appartient à la cité. Qu’est ce que cela peut signifier pour nous, hommes et femmes du 21e siècle ; à une époque dans laquelle le mouvement s’accélère, où la mobilité est partout, nous contraignant très souvent à déménager, souvent moins par choix que par nécessité.
Je suis né à Paris, mes parents aussi, j’y ai vécu, j’y ai mes racines, je l’aime cette ville et mon quartier natal – la porte d’Orléans et le parc Montsouris : je suis parisien. Durant ma vie j’ai très souvent déménagé, habité successivement à Sèvres, Montigny-le-Bretonneux et je suis maintenant depuis 4 ans à Issy-les-Moulineaux, parce que c’est tout près de Paris. J’y ai choisi un logement situé dans une rue très calme avec de la verdure : je suis isséen. J’ai la chance d’avoir une résidence secondaire à Cabourg. J’y fais des séjours réguliers depuis 6 ans pour me ressourcer. J’aime cette ville à taille humaine, à la fois élégante et discrète qui a abrité les séjours de Marcel Proust au Grand Hôtel face à cette immense plage, où le ciel et la mer se teintent souvent de camaïeux de gris : je suis cabourgeais.
Dans cette vie moderne du 21e siècle, l’échelle des temps s’est resserrée, au point que nous vivons plusieurs changements au cours d’une même vie : familles recomposées, changements de métiers, de domiciles, quelquefois choisis, quelquefois subis. Les distances aussi se sont raccourcies grâce aux progrès réalisés dans les moyens de transports, favorisant une certaine forme de nomadisme. Prend-on la mesure que ces progrès sont en fait très récents, se rend on compte que notre citoyen de l’époque de la révolution se déplaçait à la même vitesse que son ancêtre citoyen de Rome ?

Dans chacune de ces cités, comme autant de points d’ancrages, nous souhaitons prolonger notre attachement par une participation, un engagement, qui construise notre identité de citoyen. Nous construisons cette identité un peu comme du marcottage, à la différence que souvent on ne coupe pas la branche qui nous relie à la plante mère, à nos premières racines sur lesquelles se sont construites nos valeurs.

Le citoyen de Rome était très attaché à sa libertas qui lui garantissait ses droits essentiels dans la république, comme l’égalité vis-à-vis des autres, et la participation à une communauté ayant pour objectif le bien de chacun. Aujourd’hui, dans notre république moderne, notre devise est encore plus ambitieuse. Elle proclame la liberté, l’égalité et la fraternité entre tous les citoyens de notre pays. La constitution de notre république française se fonde sur la démocratie, elle reprend dans son texte la formule d’Abraham Lincoln : le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Etre citoyen aujourd’hui, c’est aussi au niveau de sa ville faire preuve de solidarité, développer et entretenir le lien social entre tous les habitants de la cité en acceptant leurs cultures, leurs diversités…
C’est aussi encourager et développer les solidarités intergénérationnelles, lutter contre toutes les formes d’exclusion.
C’est aussi pouvoir participer au niveau de son quartier à la vie de sa cité, comme un acteur responsable, force de proposition écouté et reconnu, avec le même sentiment de fierté que le citoyen romain qui pouvait compter en retour sur la reconnaissance de sa Ville.

Depuis le siècle dernier, et le phénomène s’amplifiant de plus en plus, nous ne passons plus notre vie attachés à la même cité, nous déplaçons nos points d’ancrages et à chaque fois, en prenant la succession des citoyens qui nous ont précédés, nous écrivons une nouvelle page de l’histoire de notre ville, en héritiers de cette richesse apportée par nos prédécesseurs. Ces prédécesseurs qui ont aussi en leur temps enrichi cette commune par leur diversités, ethniques, géographiques, culturelles.
Nous sommes finalement unis par cette construction perpétuelle, tour à tour héritiers puis acteurs de cette longue chaîne de contributions citoyennes qui transcende les limites de nos existences individuelles.
Mais comme l’a écrit au siècle dernier Antoine de Saint Exupéry : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous empruntons la terre de nos enfants ». Etre citoyen au 21e siècle, c’est plus que jamais être respectueux de son environnement, ce n’est plus seulement une question d’éthique, c’est aussi devenu une nécessité.

Issy-les-Moulineaux, c’est ma Ville, je l’ai choisie, c’est celle où je suis électeur, c’est celle où je me suis engagé en politique. C’est pourquoi, avec mes concitoyens, je veux bâtir un projet d’espoir pour ma Cité, et pouvoir affirmer avec la même fierté que les habitants de Rome il y a 2000 ans :

 

Habeo semper alas

Habeo semper alas

« Je suis un Isséen. »

Publié en janvier 2008 sur le blog du MoDem à Issy-les-Moulineaux.

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